Sagamore ressentait la liberté comme un appel .
Lorsqu' il avait décidé d' effectuer son périple , c' était avec l' idée d' ouvrir ces perspectives ; et voilà qu' il s' apercevait que le grand but ne consiste pas à parer sa destinée de réalités multiples , mais à faire de sa vie véritablement quelque chose d' unique . Et , pour ce faire , de déserter le no man's land des réalités interchangeables pour rejoindre le lieu exigu et inoubliable des liens uniques.
Mamika , si portée sur les relations humaines , ne manqua pas de le troubler un peu plus sur l' ambiguïté de ces liens qu' au fur et à mesure de sa quête , il aspirait tant à nouer.
Le lien , tu es d' accord , c' est ce qui maintient l' âne au piquet , disait Mamika avec sa voix chaleureuse . On dit aussi ; pieds et poings liés , et ce n' est pas franchement une posture enviable , n' est-ce pas ? Mais le lien , c' est aussi une réalité de relation , de personne à personne . Quand on est attaché à quelqu' un ( et tu concevras que cet attachement n' a rien à voir avec celui de l' âne au piquet ! ) eh bien cela signifie que l' on sacrifie sa liberté pour une valeur qui paraît supérieure à la liberté ! Aimer quelqu' un , être attaché à quelqu' un , c' est renoncer à sa liberté , puisque nous faisons dépendre notre bonheur de ce quelqu' un , nous remettons notre bonheur entre ses mains ! Et cependant , la relation , lorsque nous la vivons authentiquement , dans une recherche constante d' équilibre et d' harmonie , dans le don réciproque , ce lien est à la fois celui qui nous lie et celui qui nous libère . C 'est un immense paradoxe , n' est-ce pas : nous sommes libérés par ce qui nous lie ! Tiens : tu devrais en parler à Théophane ; je suis bien certaine qu' il pourrait faire un prêche enflammé sur le sujet !
Joy et la divine quête du bonheur , F. GARAGNON